n°51 — « Criez dehors » : International Library of Fashion Research. Auteure : Aude Fellay
Avril 2025
Je m’approche de l’homme derrière l’écran de verre. Il ne me regarde pas. Je lui remets mon passeport. « Pourquoi êtes-vous en Norvège ? » me demande-t-il en feuilletant les pages. « Pour travailler », je lui réponds simplement. « Quel genre de travail ? » « La recherche », je rétorque de manière évasive, m’en délectant (un privilège, c’est certain). Il exige des précisions : « Quel genre de recher- che ? » Je crache enfin le morceau : « Fashion research ». Il répète le F-word alors que ses yeux rencontrent enfin les miens. Norvège et mode. Mode et recherche. Je n’arrive pas à savoir quels mots l’ont troublé. Tous peut-être.
La mode avec un grand M, c’est Paris. La recherche, c’est la science. Quel est l’intérêt d’étudier quelque chose d’aussi frivole ? Peut-on vraiment penser par la mode ? Oui, monsieur, ma subjectivité en dépend. Et c’est comme ça que je paie mon loyer. En l’occurrence ici, il s’agit d’écrire quelque chose à propos de l’International Library of Fashion Research pour les pages en papier glacé que vous, lecteurices, tenez entre vos mains. La bibliothèque conserve des objets imprimés relatifs à l’industrie de la mode, dont des invitations à des défilés, du courrier interne, des lookbooks, une série de magazines de mode et une modeste sélection d’écrits universitaires. D’où l’intérêt de la Revue Faire pour la bibliothèque et ma visite de deux jours à Oslo.