n°42 — Une énigme : la communication visuelle des neurosciences. Auteur : James Langdon

À paraître

Les neurosciences sont une science visuelle. Notre compréhension de la biologie du cerveau trouve son origine dans les premières images de neurones et de dendrites produites par Santiago Ramón y Cajal et Camillo Golgi à la fin du XIXe siècle. Au cours des dernières décennies, les neurosciences ont adopté l’imagerie numérique. Nous avons été témoins d’images dynamiques de cerveaux vivants produites par résonance magnétique et des représentations complexes de « connectomique neuronale » qui promettent à terme de révéler le « schéma de câblage » du cerveau humain. De telles images ne sont pas simplement la documentation d’un travail scientifique, elles sont elles-mêmes des sources primaires de recherche. Les images sont la science.

          Pourtant, l’interaction des neurosciences avec la culture visuelle dominante tend vers la simplification et l’amateurisme. La communication scientifique semble considérer le design graphique et la direction artistique avec scepticisme, préférant contextualiser les images techniques avec un collage de dessins animés, de mèmes Internet et de photographies génériques de haute technologie. En revanche, l’industrie émergente de la neurotechnologie adopte le langage visuel de la « grande technologie » d’entreprise. Le projet Neuralink de l’entrepreneur milliardaire Elon Musk présente sa technologie expérimentale d’implant neuronal comme s’il s’agissait d’un appareil commercial innocent.

          Inévitablement, les neurosciences offriront bientôt des opportunités d’augmenter technologiquement le cerveau humain, ce qui pourrait renforcer davantage les inégalités et la stratification dans notre société. Ce texte n’est pas un appel à une collaboration interdisciplinaire plus amicale entre le design graphique et les neurosciences, mais une évaluation critique de du vocabulaire visuel d’un domaine du point de vue d’un autre.

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